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Alternatives aux GAFAM : ce que ça coûte et ce qu’on perd
Les listes d’alternatives libres oublient une chose : le coût ne disparaît pas, il change de nature. Ce que vous payez, ce que vous perdez, et les cas où il faut rester.
Gmail est gratuit et vous offre 15 Go. Proton Mail vous en donne 1, et il faut payer pour dépasser. C’est le seul chiffre que les listes d’alternatives aux GAFAM ne mettent jamais côte à côte, et c’est pourtant celui qui décide si vous tiendrez trois mois ou trois semaines.
Cette page ne vous propose pas une liste de plus. Une douzaine existent déjà en français, souvent bien documentées, et elles disent toutes à peu près la même chose : Qwant pour Google, Nextcloud pour Drive, Signal pour WhatsApp. Ce qu’aucune ne fait, c’est additionner la facture — en euros, en heures, et en fonctionnalités abandonnées. Le logiciel libre ne supprime pas le coût de vos outils numériques. Il le déplace, et il faut savoir vers quoi.
Résumé rapide
- Le coût ne disparaît pas. Une messagerie confidentielle se paie autour de 4 € par mois, un cloud hébergé autour de 5 €, un téléphone dégooglisé 400 € minimum. Ce que vous économisiez chez Google, vous le dépensiez en données.
- Libre, open source, européen et souverain sont quatre choses différentes. Proton est suisse, donc hors Union européenne. La confusion est entretenue par presque tous les comparatifs.
- Trois usages n’ont pas d’équivalent crédible : la cartographie avec commerces et trafic, l’hébergement vidéo à grande audience, et toute application dont la valeur vient du nombre d’utilisateurs.
- L’auto-hébergement n’est pas gratuit, il est facturé en temps. Certificats, sauvegardes, mises à jour de sécurité : personne ne vous facture, mais quelqu’un doit le faire.
- Commencez par le navigateur. C’est le seul changement qui ne demande de prévenir personne et ne déplace aucune donnée.
- Il existe des cas où migrer est une erreur, et nous les nommons plus bas plutôt que de laisser croire que tout le monde peut partir.
Par où commencer selon votre situation
| Votre situation | Premier changement | Pourquoi celui-là |
|---|---|---|
| Vous voulez un résultat ce soir | Navigateur et moteur de recherche | Aucune donnée à déplacer, personne à prévenir, réversible en un clic |
| Vous voulez le gain le plus net | Messagerie e-mail | C’est le compte qui contient le plus sur vous — mais la migration la plus longue |
| Vous travaillez sur des documents | Bureautique | Les formats ouverts s’échangent avec des utilisateurs restés sur Office |
| Vous partagez des fichiers | Cloud européen ou hébergé | Comptez un abonnement : le gratuit s’arrête vite |
| Vous voulez aller au bout | Système du téléphone | Le plus efficace et le plus cher, matériel compris |
| Vous décidez pour une administration | Le SILL de la DINUM | Un catalogue déjà instruit, avec des retours d’usage publics |
Le coût ne disparaît pas, il change de nature
C’est le point aveugle de tout ce qui s’écrit sur le sujet. Les services que vous quittez sont gratuits pour vous parce qu’ils sont financés par la publicité et l’exploitation de vos données. En partant, vous supprimez ce financement — vous ne supprimez pas le coût de fonctionnement du service. Quelqu’un doit encore payer les serveurs, les développeurs et la bande passante. Ce quelqu’un devient vous, en argent ou en temps.
En argent, l’ordre de grandeur est stable. Une messagerie confidentielle démarre autour de 4 € par mois selon la durée d’engagement, avec 1 Go seulement sur l’offre gratuite de Proton Mail — à comparer aux 15 Go de Gmail. Un Nextcloud hébergé chez Hetzner coûte 5 € par mois pour 1 To. CryptPad demande 5 € par mois pour 1 Go, le chiffrement de bout en bout se payant en espace disque. Un téléphone Murena sous /e/OS commence à 399 € pour le modèle GS6 et 599 € pour le Fairphone 6. Additionnez : une messagerie et un cloud suffisent à placer une personne qui quitte réellement Google autour de 10 € par mois, 15 € si elle veut aussi des documents chiffrés — plus le matériel, le jour où elle change de téléphone.
En temps, la facture est plus difficile à voir et plus lourde. Changer d’adresse e-mail signifie la mettre à jour partout : banque, impôts, assurances, abonnements, plateformes de vente, comptes créés il y a huit ans et oubliés. Ce travail se compte en heures étalées sur des mois, parce qu’on découvre les comptes manquants au fil des connexions.
Ce n’est pas un argument pour rester. C’est un argument pour ne pas commencer par ce qui coûte le plus cher, et pour ne pas croire que le mot « gratuit » accolé à « logiciel libre » vous exonère de tout.
Libre, open source, européen, souverain : quatre mots, quatre choses
La quasi-totalité des comparatifs français traite ces termes comme des synonymes. Ils désignent quatre propriétés indépendantes, et un service peut en avoir une sans les autres.
Libre décrit une licence : vous pouvez utiliser, étudier, modifier et redistribuer le logiciel. Nextcloud est sous AGPL 3.0, LibreOffice sous MPL 2.0, GrapheneOS sous licence MIT. C’est vérifiable en une minute : le fichier de licence est dans le dépôt public. Fait qui surprend souvent, y compris ceux qui recommandent le service depuis des années : Signal est intégralement sous AGPLv3, applications et serveur.
Open source dit que le code est lisible. En pratique les deux se recouvrent largement, mais un code visible sous licence restrictive n’est pas libre pour autant. Brave illustre la nuance dans l’autre sens : le navigateur est sous MPL-2.0 tout en embarquant un composant fermé, le module de DRM Widevine de Google, désactivé par défaut.
Européen est une question de siège social et de droit applicable. Proton est suisse. La Suisse n’est pas dans l’Union européenne : elle bénéficie d’une décision d’adéquation, ce qui est un régime juridique, pas une appartenance. Écrire « alternative européenne » à côté de Proton est faux, même si le service est excellent. OnlyOffice est édité depuis la Lettonie, Nextcloud depuis l’Allemagne, CryptPad par la société française XWiki.
Souverain est le mot le plus abîmé des quatre. Sa seule définition opérante additionne trois conditions : un éditeur soumis au droit européen, des données hébergées sur le territoire, et une infrastructure qui n’appartient pas à un fournisseur soumis au Cloud Act américain. La troisième condition élimine beaucoup de candidats, parce qu’un logiciel libre installé sur AWS reste sur AWS.
Retenez la conséquence pratique : décidez d’abord laquelle de ces quatre propriétés vous importe. Elles n’aboutissent pas aux mêmes choix. Si votre problème est la publicité ciblée, le libre suffit. Si c’est une obligation de conformité, seul le dernier critère compte.
Ce qui se remplace vraiment
Sur la majorité des usages, l’alternative existe, elle est mature, et le débat est réglé depuis longtemps. Nous détaillons ces choix service par service ailleurs sur le site ; voici où se situe la difficulté réelle de chacun.
La bureautique est le cas le plus simple. LibreOffice fait tout ce dont un particulier a besoin, gratuitement et sans compte. Le seul point de friction concerne les documents très mis en forme échangés avec des utilisateurs de Word, où les décalages restent possibles. Nous avons détaillé les sept options crédibles dans notre comparatif des alternatives à Microsoft Word.
Le navigateur est le meilleur point de départ. Changement immédiat, aucune donnée à déplacer, gain réel dès la première session — et l’argument « attendons que Chrome supprime les cookies tiers » est mort en octobre 2025, quand Google a démantelé son Privacy Sandbox. Le tri entre Firefox, Brave et les navigateurs durcis se trouve dans notre page sur les navigateurs respectueux de la vie privée.
La messagerie e-mail est le remplacement le plus utile et le plus coûteux en temps. Le service compte moins que la décision de prendre un nom de domaine personnel : c’est lui qui rend les migrations suivantes indolores. Le comparatif des alternatives à Gmail détaille les offres, y compris françaises.
Le stockage se paie, sans exception. Aucune alternative ne reproduit les 15 Go gratuits de Google Drive, parce que personne d’autre ne les finance par la publicité. Nos comparatifs des alternatives à Google Drive et des alternatives à Dropbox donnent les quotas et les tarifs réels.
Pour les administrations, le travail est déjà fait. La DINUM maintient le Socle interministériel des logiciels libres, plusieurs centaines d’outils instruits avec des retours d’usage. La Suite numérique de l’État propose ses propres services de documents, visioconférence, messagerie et tableurs. Un décideur public qui cherche des alternatives commence là, pas sur un blog.
Ce qui ne se remplace pas
Voici la section que les listes d’alternatives évitent, et c’est celle qui vous évitera de perdre un week-end.
La cartographie
OpenStreetMap et les applications qui l’exploitent, comme Organic Maps ou OsmAnd, sont excellentes pour la randonnée, remarquables hors connexion, et souvent plus précises que Google sur les sentiers. Elles ne remplacent pas Google Maps sur trois fonctions : le trafic en temps réel, les horaires de transports en commun, et la recherche de commerces avec horaires et avis. Ces fonctions reposent sur des données que Google collecte parce qu’il observe des millions de téléphones en mouvement. Aucun projet libre ne dispose de cette source.
Notre position : gardez une application de cartographie propriétaire pour les trajets urbains et les commerces, utilisez Organic Maps pour le reste. C’est un usage mixte assumé, pas un échec.
La vidéo à grande audience
PeerTube, développé par Framasoft, fonctionne techniquement très bien et repose sur un réseau d’instances fédérées. Il ne vous apportera pas l’audience de YouTube, parce que l’audience de YouTube vient de son moteur de recommandation et de sa position dominante, pas de sa technologie. Pour diffuser auprès d’un public déjà constitué, PeerTube suffit. Pour en constituer un, non.
Tout ce qui dépend des autres
WhatsApp, Instagram, Facebook : leur valeur n’est pas dans le logiciel, elle est dans les personnes qui s’y trouvent. Installer Signal ou Mastodon seul ne remplace rien — cela ajoute une application que personne ne vous écrit. Ces migrations réussissent par groupes ou échouent. C’est la raison, rarement dite franchement, pour laquelle tant de gens abandonnent après avoir « tout installé ».
L’auto-hébergement : ce que « facile » cache
Nextcloud est présenté partout comme simple à installer. L’installation l’est en effet. Ce qui vient après ne l’est pas, et c’est ce dont personne ne parle.
Un serveur qui héberge vos données doit être maintenu : renouvellement des certificats TLS, mises à jour de sécurité du système et de l’application, sauvegardes testées — une sauvegarde jamais restaurée n’est pas une sauvegarde —, surveillance de l’espace disque, migrations de base de données à chaque version majeure. Rien d’insurmontable. Mais c’est un engagement permanent, et le jour où votre serveur tombe, il n’y a pas de support à appeler. Vos photos de famille dépendent de votre disponibilité.
Le même raisonnement vaut pour Signal. Le serveur est sous AGPLv3, donc légalement redéployable ; en pratique il suppose une infrastructure conséquente et la documentation officielle n’encourage pas l’exercice. « Libre » et « déployable par vous » ne sont pas synonymes.
Deux solutions intermédiaires méritent d’être connues. Un hébergement managé vous donne le logiciel libre sans l’administration : comptez 5 € par mois pour 1 To chez Hetzner. Et le collectif CHATONS, qui réunit près d’une centaine d’hébergeurs associatifs et coopératifs, propose des services adossés à une charte commune interdisant la publicité ciblée, le pistage et la revente de données. La contrepartie est à connaître : ces structures sont petites, souvent bénévoles, et leurs garanties de disponibilité ne sont pas celles d’un prestataire commercial. Pour un usage familial, c’est très souvent le meilleur rapport qualité-prix du marché. Pour des données professionnelles critiques, vérifiez d’abord qui répond quand plus rien ne fonctionne un dimanche soir.
Les trois cas où il faut rester
Une page honnête sur le sujet doit nommer les situations où le conseil général ne s’applique pas.
Vous travaillez à plusieurs sur les mêmes documents, en temps réel, toute la journée. La collaboration simultanée de Google Docs reste au-dessus de ce que font les alternatives, et les frictions se paient en heures perdues et en agacement collectif. Migrez la bureautique individuelle, gardez l’outil collaboratif jusqu’à ce que l’écart se resserre.
Vous êtes le seul dans votre entourage à vouloir changer de messagerie instantanée. Sans adoption collective, l’opération est un pur coût. Convainquez deux personnes d’abord, migrez ensuite.
Vous ne voulez pas administrer d’outils informatiques, et personne autour de vous ne le fera. C’est une contrainte légitime, et un serveur mal maintenu est un risque plus grand pour vos données que Google. Dans ce cas, faites les changements sans entretien — navigateur, moteur de recherche, bureautique locale — et prenez un hébergeur managé plutôt qu’une machine à vous.
La santé des projets qu’on vous recommande
Dernier angle mort, et il compte : les comparatifs recommandent des services sans jamais vérifier qu’ils vivent encore. Des noms de services fermés depuis des années circulent toujours dans les listes.
Framasoft en donne l’illustration la plus nette. L’association a lancé « Dégooglisons Internet » puis, à partir de 2019, décidé de refermer une partie de ses services pour pousser à la décentralisation plutôt que de devenir un point de passage unique. Certains services que vous verrez encore recommandés ont donc disparu. La page de statut officielle liste ce qui est réellement ouvert, et c’est la seule source à consulter avant de conseiller un « Frama-quelque chose » à quelqu’un.
Le réflexe à prendre est simple : avant d’adopter un service libre, regardez la date du dernier commit du dépôt et celle du dernier billet de blog de l’éditeur. Un projet libre qui n’a plus de mainteneur ne ferme pas — il pourrit lentement, sans annonce, avec des failles non corrigées.
Points de vigilance
- Un logiciel libre hébergé chez un fournisseur américain reste soumis au Cloud Act. Nextcloud installé sur AWS ne résout pas le problème juridique que vous cherchiez à résoudre.
- Le RGPD ne s’applique pas à un logiciel, mais à un traitement. Aucun outil n’est « conforme RGPD » en soi ; c’est votre usage qui l’est ou ne l’est pas.
- Méfiez-vous du chiffrement de bout en bout présenté comme une case cochée. Il implique presque toujours des contreparties concrètes : recherche dans les messages dégradée, récupération impossible en cas de perte du mot de passe, quotas plus petits.
- Ne migrez pas deux choses en même temps. Quand quelque chose casse, vous devez savoir laquelle des deux est en cause.
- Exportez avant de fermer un compte, pas après. Les outils d’export des grandes plateformes fonctionnent bien tant que le compte est actif. Une fois supprimé, il n’y a plus de recours.
Voir aussi
- Alternative à Gmail : 6 messageries pour remplacer Gmail
- Alternative à Google Drive : quel cloud choisir ?
- Alternative à Microsoft Word : 7 traitements de texte à comparer
- Navigateur vie privée : 6 options et qui paie derrière
- Tous nos guides
Verdict
Commencez par le navigateur et le moteur de recherche ce soir, prenez un nom de domaine personnel ce mois-ci, et laissez la messagerie pour quand le domaine sera en place. Cette séquence donne un résultat immédiat, coûte une dizaine d’euros par an, et n’engage aucune dépendance nouvelle.
Renoncez, en revanche, à l’idée de tout quitter. La cartographie utile, la vidéo à grande audience et les applications où se trouvent vos proches n’ont pas d’équivalent libre à ce jour, et prétendre le contraire est le meilleur moyen de vous décourager en trois semaines. Une migration partielle assumée vaut mieux qu’une migration totale abandonnée.
FAQ
Questions fréquentes
Faut-il changer d’adresse e-mail pour quitter Gmail ?
Non, si vous prenez un nom de domaine personnel : votre adresse devient indépendante de tout fournisseur, et le changement suivant ne coûte plus rien. Un domaine se loue une dizaine d’euros par an et se branche sur la plupart des messageries payantes. C’est le seul investissement de cette page qui vous évite d’avoir à la relire dans trois ans.
Les alternatives libres sont-elles conformes au RGPD ?
La question est mal posée : le RGPD encadre des traitements de données, pas des logiciels. Aucun outil, libre ou non, n’est « conforme RGPD » par nature — c’est la manière dont vous l’utilisez, l’endroit où les données sont hébergées et les contrats qui vous lient à l’hébergeur qui déterminent la conformité. Un Nextcloud installé sur un serveur américain peut très bien être non conforme.
Proton est-il une alternative européenne ?
Non, Proton est une société suisse, et la Suisse n’appartient pas à l’Union européenne. Elle bénéficie d’une décision d’adéquation qui autorise les transferts de données depuis l’UE, ce qui est un régime juridique et non une appartenance. Si votre critère est la protection de la vie privée, Proton reste un choix solide ; si c’est une exigence de souveraineté européenne stricte, il ne la remplit pas.
Combien de temps prend une migration complète ?
Comptez une soirée pour le navigateur et le moteur de recherche, un week-end pour la bureautique et le stockage, et plusieurs mois pour la messagerie — non pas à cause du transfert des messages, mais parce que vous découvrez au fil des connexions les comptes rattachés à votre ancienne adresse. Les personnes qui échouent sont presque toujours celles qui ont commencé par la messagerie.
Que faire si mes proches restent sur WhatsApp ?
Gardez WhatsApp pour eux et installez Signal en parallèle : la double application est inconfortable mais elle fonctionne, alors qu’une migration solitaire ne fonctionne jamais. Proposez le changement à un petit groupe qui échange souvent — famille proche, collègues d’un projet — plutôt qu’à votre carnet d’adresses entier. L’effet de réseau qui vous retient est aussi celui qui fera basculer les autres, une fois quelques personnes parties.
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